Comment être en règle avec le dopage ?
Laissons de côté ceux qui se dopent et le font en toute connaissance de cause. Cet article s'adresse à ceux qui se soignent pour un accident de la vie (rhinopharyngite par exemple, entorse, etc) et qui veulent rester en règle même en prenant des médicaments considérés comme dopants. Voila toutes les démarches à faire pour les athlètes responsables qui veulent à la fois se soigner et être en conformité avec l'éthique du sport.
Avant propos: si vous lisez cet article pour trouver des moyens pour "ne pas vous faire attraper", ou savoir comment "invoquer un vice de forme", ou tout autre démarche de ce genre là, vous pouvez fermer cette page web. Cet article s'adresse uniquement aux Athlètes Responsables qui veulent se soigner et savoir comment faire pour déclarer leurs soins officiellement aux organismes anti-dopage et ainsi être en parfaite conformité avec la loi.
 
Attention: on peut très vite être "positif" !
 
Pas d'Automédication
"J'ai le nez bouché. Je vais voir ce que j'ai dans le tiroir de la pharmacie".
... et c'est à ce moment là qu'on se met du Rhinofluimicyl dans le nez pour se le déboucher. Geste anodin en apparence, car on en donne aux bébés et aux femmes enceintes. Sauf que ce produit figure sur la liste des "stimulants", et se voit considéré comme dopant. La liste des médicaments courrants qui se révèlent être des dopants est très longue: Rhinofluimicyl, Pivalone, Percutalgine, Panotile (pour les otites), Mycolog (champignons), Humex (rhume des foins), etc. Dans nos pharmacies de salle de bain sommeillent des produits potentiellement dopants; il est donc hors de question de pratiquer l'automédication car c'est prendre le risque de se retrouver "positif" sans l'avoir voulu.
Lisez les Bases de Données
Ayez le réflexe de consulter le site Santesport.gouv
Faites une recherche pas nom de médicament, ou ouvrez la boîte et faites une recherche par principe actif, afin d'être sûr que le produit est "sain" au niveau dopage. Si le produit prescrit par votre médecin est un produit dopant, il faut constituer un dossier d' A.U.T. (autoraisation à usage thérapeutique) auprès de l'AFLD (voir plus bas) afin d'être couvert légalement, car, contrairement à ce que l'on croit, une simple ordonnance ne suffit pas.
Pas de banalisation
Méfiez vous des produits très très répandus dans la société.
Le canabis est utilisé par d'innombrables personnes, son utilisation est punie par la loi, mais aussi au niveau sportif. Ne croyez pas que l'Agence va faire preuve de laxisme face à cette substance, consultez les décisions disciplinaires et vous verrez que des athlètes ont été condamnés à des sanctions de 2 ans pour l'avoir utilisé ! Il en est de même pour la DHEA qui est interdite à la vente en france, et considérée comme anabolisant.
Attention aux Compléments
Les compléments alimentaires sont un marché, ils ne sont pas tous fiables..
On ne compte plus les cas de boîtes de protéïnes dans lesquelles on a savamment ajouté de micro doses de produits interdits, afin de les rendre "efficaces". Il en est de même pour la créatine, et autres produits à la mode, ils sont parfois couplés à des substances interdites. De tels cas existent, ils sont la raison principale pour laquelle l'IPF donne toujours une 2e chance dans certains cas de dopage. Le mieux à faire dans ce cas, et n'en déplaise à certains, est de ne pas y toucher du tout ! Bien sur, tous ces produits ne se vallent pas et ne viennent pas des mêmes fabriquants, plus ou moins consciencieux. Mais certains considèrent que l'utilisation de ces produits est en soi une "attitude pré-dopante", qui trahit pour certains la volonté de chercher dans des produits la clé de la performance, au lieu de la chercher sous les barres.
Attention à Internet
Sur les murs de Pompeï on lit, presque 2000 ans après, les mêmes idioties que l'on trouve sur le web.
Méfiez-vous aussi d'internet, car Google indexe les sites en fonction de 2 critères: leur célébrité auprès des internautes, mais surtout les droits que paient les sites pour apparaître en première place dans les résultats de recherche. Ainsi, si vous frappez "créatine dopant" sur internet, vous tombez sur un site qui s'empresse de vous rappeler que le produit n'y est pour rien, sauf que c'est un site commercial orienté. Méfiez-vous de Doctissimo, car on y trouve des discussions hallucinantes où les utilisateurs de produits dopants expliquent combien ils prennent de grammes, quand, etc et discuttent ouvertement de produits qui sont interdits ! Les seuls sites d'information sur lesquels vous pouvez compter sont: AFLD, Santé et Sport, Dop-Santé, Dopage.com (bien que le "com" laisse à désirer),
 
Petit rappel des risques:
 
Au niveau social
La mémoire collective est tenace, et ne connaît ni le pardon ni la prescription.
Imaginez que vous "tombiez" pour dopage à un moment de votre carrière sportive... Dix ans plus tard, aux yeux de tous, vous serez toujours un dopé, ou du moins quelqu'un de suspicieux. C'est injuste comme seule la vox populi a en le secret, mais c'est ainsi. Aujourd'hui, même si l' Agence Française de Lutte anti-Dopage publie les décisions disciplinaires qu'elle prend sans mentionner les noms, il est facile de savoir qui a été sanctionné, car d'autres canaux d'information existent. La liste nominative est publiée par la fédération dans son bulletin France Haltères, et un scan de la dernière page posté sur un forum de discussion fait partie des choses que l'on trouve sur le web. On sait que la mémoire d'internet est tenace, plus encore que la rumeur. Quand vous serez catalogué dopé, que vous l'ayez été volontairement ou suite à une automédication, il sera trop tard. Si la nouvelle atteint vos collègues de travail, votre famille, qu'en sera t'il ?
En règle générale, pensez à soigner votre image, en particulier si vous pratiquez un sport de force qui est toujours suspect pour le non-averti. S'afficher avec de la créatine, même si le produit n'est pas interdit, bien que très contreversé, est un acte peu réfléchi qui donne un mauvais signal au public.
Au niveau sportif
Contrairement à ce que l'on croit, c'est l' AFLD qui prend des sanctions, et elle a un pouvoir énorme !
Le domaine du dopage est celui des idées reçues et des fantasmes en tous genres. Aujourd'hui, c'est l' AFLD qui mène les contrôles, soit de sa propre initiative, soit à la demande des comités de la fédération. Elle a sa propre enveloppe budgétaire à dépenser à sa guise, de façon à ce que les fédérations n'aient pas à payer quoi que ce soit (ainsi n'hésiteront-elles plus à demander des contrôles). L'agence conserve l'urine pendant 10 ans en congélation, afin éventuellement de la retester à l'aune d'une nouvelle technologie. Quand elle décelle une substance interdite elle en informe la fédération et énonce une sanction. Si la fédération ne prend pas de sanctions dans un délai de 10 semaines, elle a le pouvoir de l'imposer. Elle a aussi le pouvoir de contrer une sanction disciplinaire fédérale si elle la juge trop faible. Elle a même le pouvoir de faire sanctionner un athlète dans toutes les fédérations dans lesquelles il est licencié, même s'il n'a été sanctionné que dans l'une d'entre elles. On a vu des condamnations à 4 ans de supension pour du Clenbuterol pour un premier cas de dopage.
Ne croyez pas que ses membres ne sont au courrant de rien. Ils passent beaucoup de temps sur internet, lisent les feuilles de match. "pousser" dans une fédération non-reconnue ne protège en rien, car l' AFLD peut très bien décider de mener un contrôle de son propre chef. Dire "dans ma fédé il n'y a pas de contrôles", c'est ne pas être au courrant que ce ne sont plus les fédérations qui décident seules de mener ou non des contrôles, c'est avoir un train de retard.
Au niveau légal
Il y a un texte de loi soutenu par Bernard Laporte que peu de gens connaissent. C'est la loi du 3 Juillet 2008.
Cette loi place sur le même plan le fait d'utiliser et le fait de distribuer les produits dopants. Elle fait de l'utilisateur une personne succeptible de poursuites judiciaires, et c'est une nouveauté. Il prévoit une peine d'emprisonnement d'un an et d'une amende de 3.750 euros pour tout sportif détenteur d'un tel produit et de cinq ans d'emprisonnement et de 75.000 euros d'amende pour les autres personnes qui en fabriquent, en détiennent, en vendent, en importent ou exportent. Cette peine est portée à sept ans d'emprisonnement et 150.000 euros d'amende lorsque les faits sont commis en bande organisée ou à l'égard d'un mineur. Le texte prévoit également que l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) pourra se constituer partie civile pour une affaire de dopage et que les agents agréés par le ministère des Sports et par l'AFLD seront compétents pour constater les infractions dans l'attente de l'intervention d'un officier de police judiciaire.
Au niveau santé
On le paie toujours, à un moment ou à un autre, même si on ne veut pas y croire.
La sixième cause de cancer chez la femme est le traitement hormonal délivré pourtant légalement pour lutter contre la ménopause. Ce sont des substances qui ont reçu les agréements légaux, mais à risques. Alors que dire d'un produit trouvé sur internet qui n'a subit aucun contrôle ? Il y a les effets indésirables immédiats ou peu différés (quelques mois), mais il y a aussi la bombe à retardement enclanchée qui explosera dans quelques années. Le jour où on entre en soins intensifs, que vaut notre médaille ?
L'attitude réthorique fréquemment rencontrée parmi les utilisateurs de produits dopants consiste à minimiser les risques encourus: on entent des phrases du genre "je ne l'ai fait qu'une fois", "je connais un gars qui en prend depuis toujours", "c'est pas si dangereux que ça", "je n'en prend que de petits dosages", etc. Si vous transposez ce discours à celui du fumeur vous comprennez que même celui qui tient ce discours cherche avant tout à se mentir à lui-même. C'est dangereux, il le sait, il veut simplement pas se l'admettre.
Les stimulants (amphétamines par exemple) attaquent le système neurologique, et sont dangereux parce qu'ils suppriment l'alerte que constitue la fatigue et poussent à l'épuisement. Ils augmentent le débit cardiaque et fatiguent le coeur par hypertension artérielle. Ils peuvent supprimer l'envie de dormir tout en masquant la fatigue, avec les effets qu'on imagine. C'est une gamme de produits addictifs dont on ne peut plus rapidement se passer.
Les anabolisants (clenbuterol, nandrolone etc) développent les muscles, même le coeur, avec tout ce que cela comporte comme risques de rigidité cardiaque. Un coeur hypertrophié est un coeur malade. Il y a des cas de cancer de la prostate, et de stérilité. Et puis, avoir la peau violette et de l'acné à quarante ans, ça vous tente ?
Les corticoïdes sont essentiellement des anti-inflammatoires puissants, qui masquent également la douleur. Tout le monde sait qu'ils entraînenent une rétention d'eau (on "gonfle"), mais peu savent que cette rétention est la cause de l'hypertension. A terme, ils mènent à la fonte des tissus musculaires et osseux (ostéoporose).
Les hormones entraînent des troubles cardio-vasculaires et des cancers. Avons-nous oublié les enfants frappés de la maladie neuro-dégénérescente de Creutzfeld-Jakob ayant été traité à l'hormone de croissance dans les années 80 ? En règle générale, à partir du moment que vous procurez à votre corps les hormones qu'il produisait déjà lui-même naturellement, alors l'hypophyse qui est en charge de les produire va cesser de le faire, et perdre la capacité de le faire. Vu que les hormones sont les messagers régulateurs de toutes les fonctions corporelles, on imagine les effets dévastateurs de la prise supplémentaire de ce produit. Quand on prend de l'hormone de croissance, on fait croître tout le corps, et en particulier le foie qui s'hypertrophie (diabête, etc). On trouve dans cette très grande famille de produits l'hormone de Croissance, la DHEA, l'EPO, l'Insuline, etc. Elles ont toutes des buts différents, et des contre-indications.
Les bêta-bloquants sont des régulateurs cardiaques dangereux car ils ralentissent le coeur.
Les diurétiques permettent de perdre du poids en perdant de l'eau. C'est efficace pour "rester au poids". Ce sont aussi des produits "masquants" d'autres produits. Bien sûr, on risque de perdre trop d'eau, d'où les problèmes reinaux (sans eau, il est difficile d'éliminer les déchets naturels). Perdre de l'eau "assèche" aussi le sang, le rend moins fluide, avec tout ce que cela comporte comme risques cardio-vasculaires, car au moment de l'effort, l'apport sanguin doit être fluide.
 
Nul n'est besoin d'être un utilisateur régulier de ces substances pour créer les conditions d'un dérèglement, même minime, qui accélérera notre perte. La première cigarette ne donne pas le cancer, mais elle en installe les conditions. Et puis, sait-on si l'on va continuer ?
 
"Je suis malade, que dois-je faire exactement ?"
Etude de cas: une Laryngite Aïgue
 
Une Ordonance
Pas de médicament sans ordonnance.
Allez voir votre médecin traitant, faites vous prescrire ce dont vous avez besoin pour vous soigner. Première attention cependant; pesez avec lui le "pour" et le "contre" d'un médicament qui vous rendra positif sans pour autant vous apporter grand chose. Au moment d'aller à la pharmacie, prenez des renseignements sur le domaine d'application de chaque boîte (ne pas avaller sans savoir). Pour une laryngite qui dégénère, on vous prescrira un médicament contenant des corticoïdes, vous serez donc postifis au contrôle anti-dopage.
Le Formulare d'A.U.T.
Officialisez votre situation.
Quel formulaire ? Déclaration d'Usage ou Autorisation pour Usage Thérapeutique ? : La demande d'AUT est obligatoire dans tous les cas de prise de traitement contenant des substances interdites, sauf dans le cas des "glucocorticoïdes par voie non systémique" (injections dans les articulations, ou inhalations). Dans ce cas précis il faut remplir le formulaire de Déclaration d'Usage qui mentionne le diagnostic du médecin, le posologie d'administration de la substance, le nom de la substance, et les coordonnées du médecin. Bien sur, si des substances autres que les glucocorticoïdes sont incluses au traitement, il faut faire une AUT.
Qu'est-ce qu'une A.U.T ? Une "A.U.T" est une Autorisation à Usage Thérapeutique d'une substance interdite. En d'autres termes, vous demandez le droit d'utiliser un médicament contenant une substance interdite à la seule condition que cela corresponde à un besoin de traîtement. Cela montre qu'une seule ordonnance ne suffit pas (on sait que malheureusement, le phénomène des ordonnances de complaisances existe). Le formulaire contient six pages, il doit être déposé auprès de l'AFLD au minimum 30 jours avant le début de la compétition; il faut donc le transmettre par courrier avec Accusé de Réception à la Commission Médicale de L'AFLD. Il faut joindre au dossier dûment renseigné par l'athlète et son médecin un chèque de 30 euros libéllé à l'Agent Comptable de l'AFLD pour couvrir les frais d'ouverture de dossier. Le renouvellement de cette AUT ne peut se faire qu'à la condition que les conditions pathologique et d'usage de médicaments soient les mêmes.
Ce dossier est à remplir en trois exemplaires: 1 que l'on conserve soi-même, 1 pour l'AFLD, et un pour la fédération.
Une copie de l'AUT pour la Fédération : Il vous est demandé si vous avez prévenu votre fédération de la demande d'autorisation, c'est la raison pour laquelle il faut leur envoyer également une copie. Vous devez mentionner la compétition exacte pour laquelle vous demandez une autorisation. Le courrier destiné à la fédération doit être adréssé, via le secrétariat, au mèdecin fédéral.
Six pages à remplir : Après les renseignements d'usage sur les 2 premières pages, la 3e page est à remplir par votre médecin prescripteur, qui doit justifier de l'adéquation entre le produit prescrit et votre situation sanitaire. Il faudra donc retourner voir votre mèdecin avec le document. Le mèdecin devra même renseigner sur le document son numéro d'inscription au Conseil National de l'Ordre des Médecins, afin de vérifier que le médecin en question en est bel et bien un !
Vous devez ensuite, en page 5, remplir le formulaire autorisant l'AFLD à transmettre les données renseignées sur le document à l'Agence Mondiale de Lute Anti Dopage (AMA- WADA).
Téléphonez
Il existe un numéro Ecoute Dopage très utile et des adresses.
le 0800.15.2000 est un numéro Gratuit-Anonyme-Confidentiel qui vous mettra en relation avec un interlocuteur pouvant vous donner les renseignements usuels, et vous aiguiller sur les antennes locales de l'AFLD qui proposent des permanences tenues par des médecins formés aux questions du dopage et provenant à l'origine soit en médecine du sport, soit en addictologie, soit en médecine de l'effort. La liste des adresses et numéros de téléphone est disponible ici.
Gardez les Documents
L'accusé de Réception et la copie.
Ce sera là l'occasion de présenter les documents en cas de contrôle anti-dopage. Vous êtres maintenant en conformité avec la loi.