La non pertinence du rapport Barre / Poids de Corps
(enquête statistiques menée sur les performances de TOUS les athlètes français de toutes les fédérations sur la saison 2006-07)
Pour tordre le cou une bonne fois pour toutes à une idée simpliste !
Nous avons utilisé, pour cette étude, la base de données des meilleures barres de TOUS les athlètes ayant participé à un championnat de Force pendant la saison 2006-07, quel que soit le niveau du championnat, et quelle que soit la fédération. Vous connaissez cette base de données, elle est publié tous les ans depuis 2005, c'est le fruit d'un gros travail de compilation et de surveillance de l'actualité des athlètes français, dont le but est de réunir tous les athlètes dans une même liste, les débutants comme les champions du monde.
Cette façon de procéder permet de "gommer" les disparités de matériel et de règlement, et même les performances "douteuses". A chaque performance d'athlète correpond un pourcentage de poids de corps qui est calculé, puis on calcule pour chaque catégorie la moyenne des pourcentages de poids de corps soulevés par les athlètes concernés, ainsi que, pour information, le meilleur pourcentage de poids de corps de la catégorie.
Le % de Poids de corps moyen que chaque catégorie d'athlète pousse
On obtient (après quelques heures) le tableau suivant qui en soi est déjà très révélateur :
Feminines
Masculins
Cat
Moyenne des % de poids de corps Meilleur rapport poids de corps de la caté Nbre dans la caté de poids Moyenne des % de poids de corps Meilleur rapport poids de corps de la caté Nbre dans la caté de poids
44
116,33% 160,11% 4
48
133,97% 204,40% 17
52
111,49% 197,88% 39 143,76% 214,62% 7
56
104,26% 200,04% 53 147,53% 251,35% 19
60
101,62% 169,78% 46 159,99% 278,25% 64
67,5
94,31% 161,79% 31 157,19% 279,02% 200
75
82,30% 157,04% 21 160,05% 297,30% 343
82,5
81,79% 118,89% 8 160,57% 271,31% 374
90
98,48% 145,59% 4 159,52% 250,56% 280
(90+) 100
82,70% 137,36% 9 157,07% 297,74% 223
110
156,99% 250,74% 112
125
153,88% 214,52% 38
125+
138,26% 266,76% 20
Première constatation: c'est chez les féminines que le rapport au poids de corps est le plus bas: en moyenne, les féminines sont à 100,73% de leur poids de corps, alors que les athlètes masculins sont à 154,07%. Les meilleurs rapports Barre/Poids de corps sont en moyenne de 165,29% chez les féminines, et de 261,11% chez les hommes.
Deuxieme constatation: c'est chez les féminines des catégories les plus légères que les rapports de poids de corps sont le plus nettement élevés, avec une chute graduelle de la moyenne quand on approche les catégories plus lourdes, alors que chez les hommes, les performances en % de poids de corps restent sensiblement égales d'une catégorie à l'autre (nous y reviendrons).
Dernier constat: les catégories extrêmes (les plus légères comme les plus lourdes) sont les moins performantes au % de poids de corps, et c'est certainement là ce qu'il y a de plus interessant.
Analyse des moyennes de chaque catégorie en % de poids de corps
Feminines
Masculins
On constate que les féminines poussent majoritairement un peu plus que leur poids de corps (environ 110%) dans les catégories légères (jusqu'aux -56kg) et que le rapport force/poids de corps chute drastiquement dans les catégories de poids suivantes, ce qui tend à faire penser que franchir les 70kg ne peut se faire majoritairement (sauf quelques athlètes exceptionelles) que grâce à une nette augmentation de la masse musculaire, au détriment du rapport "poids / poussée".
Chez les masculins, on a une moyenne d'environ 140% de poids de corps pour chaque catégorie de poids. Contrairement à ce que l'on peut constater chez les dames, il y bel et bien une chute du rapport "poids / poussée" ches les hommes dans les catégories les plus lourdes, mais celle-çi reste assez marginale. Par contre, elle devient très nette pour la catégorie des +125kg, ce qui prouve bien qu'il y a une barre "seuil" chez les hommes comme chez les dames au delà de laquelle seule une augmentation forte du poids de corps peut permettre de progresser. Cette barre se situe aux environs des 250kg.
Analyse des meilleures performances de chaque catégorie en % de poids de corps
Feminines
Masculins
Quand on considère uniquement la meilleure performance de chaque catégorie de poids exprimée en % du poids de corps de l'athlète on constate un même phénomène chez les 2 sexes: la courbe est un dôme qui s'éffondre rapidement : les catégories de poids légères (44kg et 48kg) sont les plus performantes en % de poids de corps, puis le rapport "poids / poussée" chute régulièrement au fur et à mesure que le poids de corps augmente, ce qui montre que plus on est lourd plus il est difficle de "tenir la route" par rapport à son poids de corps.
Chez les messieurs la courbe est assez différente mais la conclusion est assez semblable: on constate que les catégories les plus performantes en % de poids de corps se situent entre les 75kg et les 100kg, un peu comme si les catégories plus légères manquaient peut-être de "solidité" structurelle pour soutenir les hauts rapports de poids de corps, et comme si les "lourds" étaient contraints de dépasser les barres seuil (environ 250kg) pour soutenir la comparaison. Car c'est bien là que se situe le problème, car des athlètes comme Herbert et Ligier aux performances hors du commun n'arrivent pas à cacher le fait qu'au delà des catégories de 110kg les athlètes n'arrivent plus à obtenir le même rapport de poids de corps que les catégories plus légères: cela conforte l'idée qu'il existe une barre "seuil", ou "limite" qui ne peut être atteinte que par une augmentation non linéaire du poids de corps de l'athlète.
Proportion d'athlètes à 150%, 200%, 250% de poids de corps, par catégorie
On peut aller plus loin: se demander, pour chaque catégorie de poids, quelle est la portion des athlètes qui ont poussé 150% de leur poids de corps et 200%, voir 250% de leur poids de corps. Ces seuils montrent bien des choses.
Cat
Proportion d'athlètes de chaque catégorie
Dames
Messieurs
150%
200%
150%
200%
250%
Nombre (F) Nombre (M)
44 50,00%
4
48 17,65%
5,88%
17
52 7,69%
0,00%
42,86%
14,29%
39
7
56 7,55%
1,89%
31,58%
15,79%
5,26%
53
19
60 6,52%
50,00%
20,31%
6,25%
46
64
67,5 3,23%
54,50%
12,50%
2,00%
31
200
75 4,76%
59,18%
13,70%
0,87%
21
343
82,5
60,70%
13,37%
0,53%
8
374
90
61,07%
11,07%
0,71%
4
280
90+ /100
56,50%
10,76%
0,90%
9
223
110
58,04%
12,50%
0,89%
112
125
63,16%
5,26%
38
125+
25,00%
0,20%
0,20%
20
Masculins
Premier constat, le fait de pousser une fois et demi son propre poids est un fait frequent. 150% de poids de corps ne constitue pas une difficulté sensible, sauf peut-être pour les +125kg (nous y reviendrons).
La valeur symbolique du "double de poids de corps" n'est atteinte que par une petite 15e de pourcents chez les hommes, valeur à peu près également répartie sur les catégories de poids.
Par contre la valeur des 250%, très rare (5% des athlètes au maximum) est essentiellement "réservée" aux catégories légères, jusqu'aux -60kg, et disparait quasiment au delà.
Il y a cependant une constatation qui met à mal l'idée selon laquelle on peut juger les barres soulevées au % de poids de corps: à partir des +125kg on a une nette baisse de la part des athlètes ayant atteint 150% (on passe de la moitié des athlètes au quart), et il n'y a plus que 5% des -125 qui atteignent les 200%, et un seul 125+ pour la saison 2006-07 (Richard Ligier, 0,20% des athlètes de sa catégorie). C'est quand même la preuve qu'il y a un seuil au delà duquel le rapport au poids de corps n'a plus de sens.
Feminines
C'est chez les dames que l'on voit le plus clairement que plus le poids de corps est élevé plus il est difficile de tenir l'argument qu'on peut utiliser le % de poids de corps pour comparer les athlètes: ce qui est discernable chez les hommes devient criant chez les dames. Mis à part les -44kg qui sont peu nombreuses (4) mais à un très haut niveau, on constate que 17% grand maximum des féminines atteignent 150% de leur poids de corps, et que la moyenne des athlètes à ce niveau là est plutot de 6%.
Deuxième constatation, la capacité à atteindre les 200% de poids de corps (10% des hommes) est rarissime chez les dames, et totalement absente au delà des -56kg. Cela montre bien qu'il existe chez les dames aussi un poids de corps "seuil" au dela duquel il est très difficile de "tenir la route" au petit jeu du % de poids de corps.
Voici les mêmes données représentées graphiquement, c'est bien plus parlant:
Feminines
Chez les dames on constate l'incroyable chute du nombre d'athlètes ayant atteint 150% de leur propre poids de corps (couleur orange). Deuxième fait marquant, le nombre de féminines à 200% de poids de corps est faible (sans jugement de valeur bien sûr): et disparaît quasiment au delà des -60kg (il ne reste que les athlètes exceptionelles que sont par exemple Leila Duhem et Catherine Gerard).
Masculins
Chez les messieurs, la chute du rapport "poids / poussée" est néanmoins visible dans les catégories les plus lourdes. On constate que plus de la moitié des hommes de chaque catégorie atteignent les 150% de poids de corps, sauf chez les "lourds" et les "poids plumes" pour des raisons que nous proposons plus bas. On constate aussi que seuls 20% maximum des masculins par catégorie atteignent le mythique 200% de poids de corps, et cela chute aussi rapidement au fur et à mesure qu'augmente le poids de corps. Quant au seuil incroyable des 250% de poids de corps, la tendance est la même, et la chute commence dès les 67,5kg, comme si au delà de cette catégorie de poids il devenait quasi impossible d'atteindre un tel rapport "poids / poussée".
Pour finir, voici la proportion des athlètes du Club150kg qui ont atteint les seuils de 200% de poids de corps et plus:
Même si l'échantillon "Club150kg" est moins représentatif que tous les athlètes d'une saison, on constate plus nettement qu'à partir des -90kg il y a une nette baisse du rapport "poids / poussée" que représente chaque performance.
Cat nb Athlètes à 200% Athlètes à 250% Athlètes à 300% Moyenne % poids de corps
60kg
6
6 6 0 269,79%
67,5kg
39
39 10 1 240,67%
75kg
131
133 5 0 273,04%
82,5kg
315
157 4 0 203,36%
90kg
439
111 1 0 188,54%
100kg
391
61 4 0 177,86%
110kg
250
31 1 0 170,08%
125kg
117
4 1 0 156,91
125+
59
1 1 0 143,47%
Il existe donc un seuil de poids de corps qui met KO l'idée que le % de poids de corps permet de comparer les athlètes. A partir d'un certain poids de corps il devient extrêmement difficile d'atteindre les 150% et 200%. Chez les hommes, le poids de corps "seuil" se situe aux alentours des catégories de -125kg, et chez les dames il arrive très vite, dès les -60kg. Il serait absolument pationnant d'approfondir la question pour en trouver les causes biomécaniques: nous proposons quelques pistes en forme d'évidences:
Elements d'explication d'une non-linéarité des rapports entre poids de corps et force
Quelques pistes possibles pour expliquer pourquoi l'athlète 2X plus lourd ne pousse pas forcément 2X plus que son concurrent.
Capacité cardiaque
Le coeur d'un athlète de -125kg n'est pas 2 fois plus volumineux ni 2 fois plus capable d'alimenter les muscles que celui d'un athlète de -67,5kg.
le problème des combinaisons de force.
Il est confirmé par les coparaisons entre les performances RAW et équippées que les athlètes les plus légers tirent plus partie de leur équipement que les athlètes les plus lourds. Les combinaisons de force aggravent encore plus le calcul.
Les leviers des tendons
On n'est pas non plus égaux face aux insertions des tendons qui créent des leviers +/- efficaces et qui sont déterminés à la naissance: il n'y a aucun interêt à être lourd si nos tendons sont très proches.
Les facteurs de Force indépendants du poids de corps
Niveau Neuromusculaire
Il en va de même de la capacité à générer de l'influx qui n'est pas proportionelle au poids de corps, mais le fruit de l'adaptation par l'entraînement et des aptitudes innées. Ainsi, un athlète peut très bien avoir une grosse masse musculaire mais s'il a une production d'influx peu efficace la performance au % de Poids de Corps en patira. Par contre, dans le cas inverse, on aura des barres hallucinantes.
Conductivité musculaire
Generer beaucoup d'influx est une chose, avoir un muscle capable de recruter, grace à cet influx, une grande proportion de fibres en est une autre: à ce niveau, la conductivité de la plaque motrice qui fait le lien entre le motoneurone et les fibres est essentielle. L'innervation intramusculaire (qui permet de recruter les unités motrices) n'est pas non plus égale entre les individus.
Ratio Graisses / Muscle
L'évidence même qui montre combien un poids de corps ne signifie pas grand chose, surtout pas pour mesurer la masse de muscles: on le sait bien. Mais c'est un autre débat, il appartient aux athlètes de "sécher"...
Repartition des types de fibres
Génétiquement déterminée et indépendemment de notre poids, nous avons un ratio entre les fibres d'endurance et celles de puissance (pour simplifier) qui fait de nous des gens naturellement plus aptes soit à la force ou à la course. Le Type IIAB (capable de s'adapter) ne change que peu la donne.
Amplitudes et dimensions
Indépendemment de son poids, l'athlète le plus désavantagé sera celui qui a les bras les plus longs, le buste le moins profond, les épaules les plus larges (non-soutenues par le banc). A l'inverse, une grosse cage, un dos épais, des bras relativement courts proportionellement sont un avantage évident.
L'Points IPF (2019) comme correctif de ce constat
Imaginons un athlète jugé à la fois au % de poids de corps (bleu) et à l'indice (rouge): on voit bien que pour la même performance, si l'athlète est plus léger (à gauche) il sera bien plus avantagé au % de poids qu'à l'indice.
Un dessin vaut mieux qu'un long discours: voici les coubres de PCT et de total de point d'indice pour une barre à 150kg. La courbe bleue coupe la ligne "100" à 150: cela signifie qu'un athlète pesant 150kg et poussant 150kg pousse 100% de son poids de corps. C'est pour cela que la courbe bleue coupe la ligne 200 à 75kg...
On a choisi 150kg pour le symbole (club150kg), mais la courbe ne change en fait pas, quel que soit le poids de barre selectionné, car les rapports restent les mêmes. Seuls vont changer le point de rencontre à 100% de poids de corps, mais l'équation des 2 courbes reste bien sur la même, seules les coordonnées changent.
On voit bien que dans les 2 cas les athlètes les plus légers sont forcément avantagés. Cela montre combien les compétitions de reps "au poids de corps" sont un non sens car personne ne s'y risque au delà de 100kg.
Par contre, le rapport au %de poids de corps avantage très très nettement les athlètes les plus légers, alors que la courbe de Wilks fait de même mais dans une plus humble proportion.
Tout le monde sait bien que le % de poids de corps n'est pas utilisé pour jauger les athlètes. Nous en avons maintenant les chiffres. C'est la raison pour laquelle les "indices" sont utilisés (Wilks, Reshel, etc.), car ils "gomment" les différences, en mettant en avant les athlètes les plus légers, certes, mais surtout les barres les plus lourdes, prenant en compte le fait qu'il y a plus d'athlètes en france de 67,5kg qui poussent 135kg, que d'athlètes de 125kg qui poussent 250kg.
Pour illustrer notre propos nous avons inventé une feuille de match fictive mettant face à face des duos d'athlètes dont le poids de corps est rigoureusement le double l'un de l'autre (un 67,5 contre un 125 par exemple). Nous avons ensuite cherché la barre que chacun devait faire pour obtenir grosso-modo le même score à l'indice (environ 114) et les résultats sont édifiants. Nous avons rajouté une colonne donnant le % de poids de corps que représente la barre soulevée pour chaque athlète. On se rend donc compte que plus l'athlète est lourd moins il a besoin de pousser "lourd" comparativement à son poids de corps pour atteindre le même score que l'athlète qui ne pèse que la moitié de son poids.
1er exemple: Quelle barre doit faire un athlète 2X plus lourd qu'un autre pour atteindre le même score aux Points IPF (2019) ?
NOM
Poids
DC
% poids de corps
       
Poidsplume 55 113,52 222,73%
Grandcostaud 110 113,29 175%
       
Petiteminette 45 114,41 183,33%
Belleplante 90 114,49 147,22%
       
Bellalaplage 67,5 114,82 166,67%
Rayonnante 125 115,12 116,00%
2e exemple: pour des athlètes de même catégorie de poids, quel écart de points d'indice obtient-on quand chacun fait exactement 200% de son poids de corps ? On voit que dans 3 comparaisons sur 4 c'est l'athlète qui a fait la barre la plus lourde qui est déclaré vainqueur, meme s'ils ont tout deux atteint rigoureusement 200%.Seulement il y a une exception (que nous avons surligné): c'est le cas des masculins de -56kg: on voit bien que le vainqueur a pourtant soulevé moins lourd que son adversaire, même si tous deux ont fait 200% de leur poids de corps: la raison est due au fait que l'Points IPF (2019) favorise à performance relative égale la barre la plus lourde, sauf pour les athlètes les plus légers. C'est là le meilleur compromis, car il prend déliberement le contre-pied de la courbe que nous avons montré plus haut:
A performance de % de poids de corps égale, le calcul à l'indice favorise les athlètes des catégories les plus légères (jusqu'aux -60kg)A performance de % de poids de corps égale, le calcul à l'indice favorise les athlètes ayant poussé la barre la plus lourde, de façon à gommer la difficulté qu'ont les athlètes "lourds" à pousser autant que les autres au % de poids de corps.
Démonstration qu'à % de poids de corps égal, la barre la plus lourde est favorisé aux Points IPF (2019).
NOM
Poids
DC
Indice
% poids de corps
Fortinbras 125 250 142,45
200%
Petitcostaud 120 240 137,98
200%
       
Petiteminette 45 90 124,81
200%
Belleplante 42,5 85 122,42
200%
       
Plutosympa 75 150 142,59
200%
Prefereladanse 70 140 139,27
200%
Contre exemple réservé aux catégories de poids les plus légères.
Poidsplume 55 110 101,94
200%
Grandcostaud 52,5 105 102,01
200%
Les différentes formules "correctives"
Formule de Hoffman
Les formules qui permettent de corriger l'inadequation du % de poids de corps pour juger des athlètes de poids différents sont vieilles comme le monde. La toute première était celle de Bob Hoffman de la York Barbell Company. Hoffman était haltérophile, et impliqué dans le milieu pendant près de cinquante années (des années 30 aux années 80). Déjà à l'époque, le principe était le même qu'aujourd'hui (multiplier le total soulevé par l'indice correspondant au poids de corps). On parlait à l'époque d'un "total corrigé". Cette formule était basée sur le principe mathématique de l'auto-similarité. La base théorique derrière ce calcul était le principe des 2/3: la force et le poids de corps n'augmentent pas de façon parallèle, mais selon un rapport de 2/3 - 1/3. L'augmentation de la masse corporelle se fait selon le cube de la longueur des segments, alors l'augmentation corrolaire de la force ne se fait qu'au carré de la même valeur. D'ou l'idée de diviser par le total par le poids de corps, et ensuite "corriger" le rapport en ajoutant un tiers du poids de corps. La Formule de Hoffman a été la première utilisée en Force Athlétique car cette dernière est un rejeton indépendant de l'haltérophilie. Ainsi, les powerlifters ont utilisé la formule de Hoffman venue du monde de l'haltérophilie. Mais elle ne fonctionnait pas si bien en Force qu'en Haltéro, car elle favorisait toujours les athlètes les plus lourds, et de beaucoup. Tout allait à peu près bien pour le Squat et le Soulevé de Terre qui ont une parenté indirecte avec l'haltérophilie, mais pas du tout avec le Développé Couché. C'est la raison pour laquelle une formule adaptée fut recherchée, fondée cette fois ci non pas sur une base théorique, mais sur une étude des performances des athlètes (plus empirique donc).
Formule de Schwartz
Lyle Schwartz est un powerlifter, impliqué dans l'association centenaire du sport amateur américain (AAU) en tant qu'athlète et officiel. Pour mémoire, c'est l' AAU qui a permit à la FA de s'officialiser dès 1964. Ce qui est peu connu sur la Formule du Dr Lyle Schwartz (et c'est lui-même qui l'explique) est le fait qu'elle est fondée sur des totaux en Force Athlétique 3 mouvements totalement "artificiels": en fait, puisqu'à l'époque de sa création, la Force n'en était qu'à ses balbutiements et les compétitions rares, du coup, Schwartz a utilisé les records des mouvements uniques pour les fusionner et créer des "totaux" (Sq / Sdt / Dc) cumulant les performances d'athlètes différents (sic!). Il parle d'un "powerlifter idéal". Il a ensuite pointé les records sur une courbe et extrapolé les points intermédiaires (théorême interpolateur) pour obtenir les valeur "virtuelles" des "records" pour des incrémentations de poids de corps de 100gr. En gros, si le record d'un athlète de 50kg est de 60kg, et que le record d'un athlète de 56kg est de 70kg, alors celui d'un athlète de 53kg devrait être de 65kg, et ainsi de suite. Bien sur, cet exemple ne doit pas laisser penser que la courbe est linéaire. La surprise est venue quand Schwartz s'est rendu compte que la formule avait toujours une validité même quand les totaux (d'athlètes réels et uniques cette fois) ont commencé à augmenter. Il existe une version "Masters" de cette formule. La formule a été supplantée par celle de Wilks, mais reste toujours utilisée.
Formule de Malone
Pour info, Pat Malone est LE supporter des féminines en Force Athlétique, et c'est lui qui leur a permis de se faire une place dans ce milieu. C'est lui qui a permit aux dames d'avoir leur propres compétitions. Son équipe féminine (la "Purdue'sWomen Powerlifting Team") est maintenant historique et légendaire. Elle est dans la lignée directe de celle de Schwartz, car elle a été développé sur la même base théorique, mais pour les dames, quand on s'est rendu compte que celle de Schwartz ne leur était pas appropriée. Le problème résiduel était que quand les dames concourraient contre les hommes (ça arrivait souvent à l'époque vu le peu de dames encore impliquées) les hommes gagnaient toujours à l'indice Schwartz, et de beaucoup ! (Schwartz parle de 10 à 50% !). En travaillant de concert avec Malonne, Schwartz s'est rendu compte que les hommes "poussaient" environ 30% de plus que les dames. On peut ainsi considérer que la table de Malone est une version recalculée de celle de Schwartz, à 30% de moins. Schwartz explique qu'il a récemment testé sa théorie des 30% en utilisant les records récents à l'IPF sur les catégories de poids communes aux deux sexes et que le rapport n'a pas changé. Plus interessant encore, il a fait les mêmes calculs avec comme base les Olympiades d'haltérophilie de 2004 et le résultat a donné 30% également.
Formule de Sinclair
La grande particularité de cette formule (datant de 1984) est d'être revue et corrigée tous les 4 ans pour suivre l'évolution du powerlifting. Le seul reproche qu'on peut lui faire est de n'avoir pas prévu de coefficients au delà d'un poids de corps de 135,39kg. L'idée d'une mise à jour reste cependant à la fois interessante et déconcertante.
Formule de Malone - Metzer
La particularité de celle-çi est d'être spécifiquement conçue pour les vétérans. Parce que la table n'est pas fondée sur une formule mais sur des données individuelles, le graphique qui lui correspond est plutot sinusoïdal, ce qui pose problème ! Ce travail est toujours considéré comme imparfait, mais il a le mérite de s'attaquer au problème de l'âge qui n'est pris en compte par aucune autre table.
Formule de Siff
Quand on mentionne la formule de Siff, il faut surtout bien clarifier de quelle formule on parle, car en fait il en existe 3 ! Une formule venue d'Afrique du Sud. Enoncée en 1971, La formule de Siff (scientifique du sport) fut établie en partenariat avec McSorley, un étudiant en école d'ingénieur. Elle fut fondée dans sa première version sur la base des records du monde d'haltérophilie de la période 1968-1971, et ce jusqu'à la catégorie des -110kg. Elle fut réactualisée en 1998 avec cette fois çi la moyenne des dix meilleures performances de tous les temps pour chacune des 11 catégories de poids, mais toujours en haltérophilie. A la même époque, il travaillait sur une formule particulière à la Force athlétique, cette fois çi basée sur les données recueillies jusqu'à l'année 1987.La particularité de la formule de Siff pour le powerlifting est qu'elle existe à son tour en 3 versions, chacune spécifique au mouvement (Sq / SdT / Dc). La valeur exprimée par la formule de Siff correspond en fait au % de cette valeur par rapport au record du monde trans-fédéral de la catégorie concernée; en clair, si vous obtenez un chiffre de 0,93, cela signifie que vous avez atteint 93% de la meilleure barre jamais validée dans votre catégorie, et si vous obtenez 1, vous savez à quoi vous en tenir ! Elle a ceci de particulier qu'elle a permit de trouver le poids de corps "optimal" pour les hommes (61,52kg) et pour les dames (50,02kg) pour lequel le rapport force-poids est le plus élevé.
Formule de Reshel
Spécifiquement conçue par Greg Reshel pour l'APF. Revue et corrigée, elle incorpore maintenant un coefficient supplémentaire pour les vétérants. Alors que les coefficients pour les poids de corps changent tout les 100gr de poids, le coeff pour l'âge change tous les ans (il y en a un pour les athlètes de 40 ans, un autre pour ceux qui ont 41 ans, etc).
Formule de Glossbrenner
Ni plus ni moins que la version révisée de la formule de Reshel en 2004 par Herb Glossbrenner. Un indice supplémentaire est prévu pour les vétérans. Ce qui est peu connu concernant la formule de Glossbrenner est le fait qu'elle se "concente" si l'on peut dire de faire la moyenne des coefficients de la table de Schwartz et de Wilks ! La raison pour laquelle celle de Reshel a été remplacée par celle de Glossbrenner est le fait que la première était accusée de trop favoriser les athlètes les plus lourds: puisque la formule de Schwartz favorise notoirement les athlètes les plus légers et celle de Wilks les plus lourds, une moyenne semblait la meilleure solution.
Formule de la N.A.S.A.
Rien à voir avec l'agence spatiale américaine, mais avec l'association des athlètes naturels de force athlétique américaine. Formule énoncée par Rich Peters, en réaction au fait que les formules généralement utilisées avaient pour base des athlètes dont certains avaient utilisé des stéroïdes, ruinant ainsi, selon Peters, la validité de ces dernières.Cela explique, toujours selon Peters, pourquoi les catégories de poids les plus élevées "conservaient" un haut rapport poids-poussée alors que les compétitions dites "drug-free" montraient une baisse significative des performances relatives au poids de corps chez les athlètes lourds (ce que le club150kg a démontré plus haut).
Formule de Wilks
Elle a été adoptée par l'IPF en 1997. La petit histoire veut qu'au moment de la fondation de l'IPF, Robert Wilks ait fondé son travail sur les données des records du monde en FA (au total) à l'IPF depuis le début de cette fédération en 1973. On sait maintenant que c'est faux, et plus complexe que cela, et c'est Wilks lui-même qui l'a dit au Club150kg. Il a pointé sur une courbe les records par catégories de poids et a sensuite appliqué une formule de regression (peut être le théorême interpolateur de Lagrange ou un calcul similaire) pour trouver la "courbe" épousant ces données. Quand on transforme les catégories de poids en "points" sur une coube, il ne reste plus qu'à incrémenter pour trouver les valeurs pour chaque 100aine de grammes. La table de Wilks est née. Les limites de la table de Wilks apparaissent quand on les applique à des mouvements uniques, car elle a été conçue au départ pour départager le total des 3 mouvements.
Entrevue Exclusive de Robert Wilks pourle Club150kg !